Le DPP: outil de contrôle doté de plusieurs atouts

Lorsqu’un patient visite une pharmacie, son identité est enregistrée dans le Dossier Pharmaceutique Partagé (DPP) ainsi que le code CNK[1] du médicament délivré, la date de délivrance, la quantité délivrée et la posologie – cette dernière donnée ne s’avère pas toujours visible dans tous les logiciels. L’objectif est de fournir un aperçu de l’historique médicamenteux du patient et de traiter les données relatives aux soins pharmaceutiques continus afin de soutenir au maximum le pharmacien dans l’exécution de sa tâche de soins. Mireille Campe et Bernard Brondel nous parlent de leur expérience avec le DPP.

Facilité d’utilisation
Bernard : « Personnellement, je trouve que le DPP est un outil performant, mais l’intégration dans le logiciel s’avère décisive pour la facilité d’utilisation. J’ai entendu des collègues utilisant un autre logiciel dire qu’il n’était pas très convivial. Chez moi, les informations du DPP s’affichent dans une couleur différente, en même temps que l’onglet de l’historique de la pharmacie. En un clin d’œil, je vois si j’ai affaire à un patient régulier, occasionnel ou nouveau. »

Mireille acquiesce : « Pour moi, le DPP a une véritable plus-value, car il me donne la possibilité d’aider plus de personnes. Supposons qu’une grand-mère chez qui le petit-fils loge passe en pharmacie parce que la mère de ce dernier a oublié de donner son insuline de réserve. Après avoir ouvert le DPP sur la base des données d’identité, je vois que ce garçon est effectivement diabétique et je peux lui délivrer les médicaments habituels, ce que je n’aurais pas fait par le passé à cause des risques encourus : en effet, si une personne injecte de l’insuline à un patient non diabétique, je suis complice de meurtre. » Bernard poursuit : « En tant que source neutre et fiable, le DPP est le complément parfait de l’historique du patient. Sans ce dernier, il est effectivement plus difficile de travailler. »

Abus
Comme le DPP donne un aperçu de l’usage des médicaments, il est non seulement utile en cas de fermeture d’un collègue pharmacien ou de vacances d’un médecin, mais aussi pour détecter les patients potentiellement dépendants des narcotiques ou des somnifères.
Mireille : « Récemment, un patient est venu chercher un inhalateur sans ordonnance. Quand j’ai vu qu’il faisait aussi du ‘shopping’ dans d’autres pharmacies, j’ai refusé de lui délivrer l’inhalateur en lui signalant sa surconsommation. Surpris que je sois au courant, il m’a demandé où je voyais cela. Quelques heures plus tard, j’ai remarqué qu’il avait retiré son autorisation d’accès à son DPP. »

Bernard ajoute : « J’ai eu pour ‘effet secondaire’ qu’un patient fidèle ne vienne plus après avoir été confronté aux faits. Je suis dans tous les cas très prudent lorsque je ne peux pas consulter le DPP, car ce patient essaie peut-être délibérément de me cacher quelque chose. Quand je peux voir ce qui a été délivré, le patient gagne en crédibilité. Si le patient achète ses somnifères dans une seule pharmacie, il est également plus facile d’intervenir en cas de présomption de surconsommation et cela permet aussi au pharmacien de l’aider pour le sevrage. Mais une fois qu’il visite plusieurs pharmacies et médecins, je suis plus critique quand je délivre des somnifères ou des narcotiques. »

Utilité pratique
Bernard : « Le DPP est particulièrement utile lorsqu’un patient vient d’un poste de garde avec des médicaments prescrits et que l’on constate une interaction avec d’autres médicaments. Sans le DPP, on n’aurait probablement pas le réflexe de lui demander s’il en prend d’autres et on lui délivrerait tout simplement le médicament. J’ai récemment reçu un patient allochtone à qui le dermatologue et le médecin généraliste avaient prescrit un médicament pour son problème d’acné. Il en avait acheté un dans une autre pharmacie et le médicament du généraliste chez moi. Si je n’avais pas consulté le DPP, je ne l’aurais pas su. Lorsque j’ai contacté le généraliste, il m’a confirmé que le but n’était pas qu’il prenne les deux produits en même temps. Le DPP est vraiment utile dans ce genre de cas. Dommage que de nombreux collègues soient freinés par le fait de devoir commencer par taper sur quelques touches ! »

Mieux encore
Pour conclure, Bernard propose quelques idées pour améliorer encore le DPP. Il aimerait entre autres que le pharmacien sache qui est le médecin prescripteur. Cela lui permettrait par exemple de voir si un médicament ne faisant pas bon ménage avec un autre déjà pris par le patient a été prescrit par un seul médecin ou par deux à des moments différents. Selon lui, il serait également pratique de connaître au moyen d’un code la pharmacie ayant délivré le médicament.

Pour lui, il peut contenir encore plus de données, comme des résultats d’analyse, des avertissements ou un blocage en cas de surconsommation potentielle ou de certains CNK, obligeant à prendre des mesures avant de pouvoir poursuivre le travail. Il est même favorable à l’activation du consentement éclairé[2] du patient dès la naissance. « Le patient peut en effet encore l’adapter par la suite », conclut-il.

Mireille Campe est pharmacienne depuis 22 ans et assure en tant que pharmacienne « volante » free-lance des remplacements pendant les vacances, en cas de congé de maternité ou maladie ou encore durant les périodes chargées en hiver. 

Bernard Brondel a travaillé 4 ans comme pharmacien adjoint dans une pharmacie gantoise et est depuis presque 3 ans maintenant pharmacien titulaire à Eeklo.

Vous trouvez de plus amples informations sur le DPP ici.


[1] CNK est le numéro de code national qui vise à donner une identification claire à toutes les formes de conditionnement des produits délivrés en pharmacie.

[2] Le consentement éclairé du patient est le consentement explicite donné aux prestataires de soins de santé qui le traitent pour le partage ses données de santé par voie électronique et de manière sécurisée.

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