La vaccination en officine : des pharmaciens enthousiastes et des patients satisfaits

Il est étrange que la nouvelle selon laquelle les pharmaciens sont autorisés à vacciner dans les pharmacies ait suscité un tel émoi, car la Belgique n’est certainement pas un pionnier en la matière. Nous donnons la parole à la pharmacienne Cindy De Roeve, présidente de l’ELZ (la zone première ligne) Noorderkempen (Campine) et Ann Herzeel, présidente de l’AVB-UPB, l’association bruxelloise des pharmaciens pour parler de leurs expériences, de l’utilité et de la valeur ajoutée de la vaccination en pharmacie.

La vaccination en pharmacie se fait déjà dans un certain nombre de pays européens[1] . Elle permet toujours d’augmenter la couverture vaccinale, car les pharmaciens touchent des personnes qui ne se rendent pas dans un centre de vaccination ou chez le médecin.

Facilement accessible
Ann Herzeel : « Tout comme certains patients de Bruxelles ne se sont pas rendus dans les centres de test, aller dans vers un centre de vaccination s’est également avérée trop difficile pour beaucoup de personnes. Lorsque l’offre de vaccination dans les points de vaccination (le marché hebdomadaire, la mosquée etc.) s’est avérée insuffisante, un projet pilote a débuté en septembre dans deux pharmacies, où un médecin vaccinait, un employé administratif enregistrait, tandis que le pharmacien mettait son infrastructure à disposition et prenait le rendez-vous. Actuellement, les pharmaciens sont autorisés à vacciner eux-mêmes, 25 entre eux offrent ce service. L’accessibilité, la proximité et, surtout, la relation de confiance que les pharmaciens entretiennent avec leurs patients – après tout, de nombreux Bruxellois n’ont pas de médecin de famille – permettent d’atteindre des citoyens qui, autrement, ne se feraient pas vacciner. »

Proximité
Cindy De Roeve : « Depuis le mois d’avril, nous avons lancé le programme “Vaccination dans le quartier”, car maintenir les centres de vaccination ouverts dans notre région rurale était trop coûteux (logistique et trop éloigné). Actuellement, 6 pharmaciens et 2 médecins généralistes vaccinent. Au début, il y avait quelques doutes parmi les médecins, mais maintenant ils en voient les avantages. Par exemple, un médecin qui souhaite vacciner un patient peut se procurer un vaccin “à emporter” dans une pharmacie. Après tout, un flacon de vaccin contient 6 doses et pour éviter le gaspillage, nous travaillons ensemble de cette manière. »

Des préparations nécessaires
Cindy : « Avant même que la vaccination ne soit légalement possible dans les pharmacies, de nombreux pharmaciens participaient déjà avec enthousiasme à la formation. Ils sont aussi obligés de prévoir une salle d’attente, une pièce séparée pour vacciner le patient en toute tranquillité, le matériel nécessaire en cas de choc anaphylactique, etc. On les accompagne et un médecin est toujours disponible. »  

Des patients satisfaits
Ann : « Le même enthousiasme est ressenti à Bruxelles. Une enquête auprès des patients a montré qu’ils considèrent la proximité et le rôle de la confiance du pharmacien comme la plus importante valeur ajoutée. On a appris également qu’ils le recommandent aux membres de leur famille. »
Cindy : « On obtient des réponses similaires. Jusqu’à présent, on a surtout vacciné les personnes de plus de 80 ans qui sont très reconnaissantes de ne plus devoir se rendre dans un centre de vaccination. Ils ont même déjà voulu prendre rendez-vous pour leur prochain booster. En outre, j’ai calculé que la vaccination de ces 80+ dans la pharmacie était beaucoup plus économique, puisque nous n’avions pas à payer les frais de déplacement coûteux vers le centre de vaccination.  »
Ann : « A Bruxelles, mise à part les personnes de plus de 80 ans, nous avons vacciné un grand pourcentage de personnes avec une première ou une deuxième dose, ce qui représente un énorme bénéfice pour la santé. »

Points d’attention
Ann : « En fait, c’est juste un certain nombre d’éléments pratiques qui font que nous ne pouvons pas travailler de manière aussi flexible que nous le souhaiterions : tout d’abord, les vaccins multidoses exigent qu’on travaille sur rendez-vous. Deuxièmement, il serait plus pratique que les vaccins soient livrés par des grossistes plutôt que via les hôpitaux ou les centres de vaccination. Cindy : “Le fait que dans notre région aucune rémunération n’est prévue pour le médecin ou le pharmacien, contrairement à Bruxelles où le gouvernement les paie, n’incite pas vraiment à commencer à vacciner. »

De bons chiffres
Depuis septembre, 31 000 vaccins ont déjà été administrées dans les pharmacies bruxelloises (d’abord par des médecins, puis par des pharmaciens). Au cours des dernières semaines, 34% des vaccinations à Bruxelles ont été administrées par des pharmaciens. Dans le Noorderkempen, 808 vaccins ont été administrés lors de 15 séances de vaccination dans 6 pharmacies.

Les leçons apprises
Cindy et Ann sont du même avis que la première injection provoque du stress, mais elles pensent qu’il est bon de relever un nouveau défi de temps en temps. Elles recommandent aux pharmaciens d’être proactifs en parlant aux médecins et en leur expliquant clairement quel est le public cible, afin que les médecins voient la valeur ajoutée de cette collaboration.


[1] Les pays qui vaccinent contre la grippe : France, Italie, Norvège, Suisse, Royaume-Uni, Portugal, Danemark et Grèce.  Les pays qui vaccinent contre le covid : France, Italie, Norvège, Suisse, Royaume-Uni, Irlande et Pologne.

(Source : GPUE)

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