Martine Ruggli au sujet de la pharmacie de demain

Discuter avec Martine Ruggli, coordinatrice de projets stratégiques à Ofac (coopérative de 1000 pharmaciens suisses), c’est comme rêver tout haut de la pharmacie de demain.

Les pharmaciens suisses ont une longueur d’avance sur leurs homologues belges en matière de technologies numériques et ils ne cessent de développer des projets numériques innovants. Ofac veut confier au pharmacien un rôle actif dans les soins de santé numériques, en plus de fournir du matériel et des logiciels à son millier de pharmaciens – soit environ la moitié des 1800 pharmaciens au total – et d’offrir des services pour la facturation aux caisses-maladie. Martine Ruggli explique : « Nous avons développé une plateforme de santé numérique révolutionnaire, également accessible à d’autres prestataires de soins, moyennant le consentement du patient. Elle offre une vue à 360° du patient. Ce dernier est en contact direct avec la pharmacie et reçoit, par exemple, des notifications sur ses médicaments, ses allergies, les interactions médicamenteuses, etc. Pour les questions plus complexes, le pharmacien invite le patient à le contacter ou à passer en pharmacie. Lancée en décembre dernier, cette application est gratuite pour les patients pour les premières années puis coûtera environ quatre euros à renouvellement annuel pour l’identifiant du patient, moyen de garantir la protection des données avec la plus haute sécurité.

Données sécurisées
La migration de toutes les données de la pharmacie vers l’application se fait dès que la pharmacie signe son contrat pour Abilis. Pour l’instant environ 400 pharmacies ont signé pour participer à Abilis, mais que 200 d’entre elles ont pu être formées et activées jusqu’à présent en raison de la crise liée au coronavirus. Dès l’an prochain, le dossier électronique du patient sera également relié à l’application au moyen d’un login différent mais avec le même identifiant patient, conformément à la loi fédérale en vigueur. La Suisse dispose en effet d’une législation très stricte en matière de protection de la vie privée et des données de patients. »

Autonomisation des patients
Nous avons nous-mêmes constaté que le Covid-19 a boosté la télémédecine. Ruggli : « Sur notre application, nous proposons, entre autres, un service de télémédecine que le patient peut contacter. Par ailleurs, l’application contribue à l’observance du traitement. Pour le moment, le patient peut voir à quoi sert le médicament, à quel moment il doit le prendre et s’il y a une interaction avec d’autres médicaments. Dans le courant de l’an prochain, d’autres services seront ajoutés, comme par exemple, une notification lui indiquant le moment de la prise de ses médicaments ou la prise de rendez-vous pour une prestation en pharmacie, comme par exemple la vaccination, une pratique déjà courante en Suisse. »

Plateforme en ligne globale
Les pharmacies en ligne sont de redoutables concurrents aux pharmaciens indépendants. Ruggli précise : « Fin juillet, nous intégrerons à l’application un module de commande en ligne, le webshop Abilis, proposant des médicaments ainsi que des produits de santé. Les patients choisissent eux-mêmes la boutique en ligne de leur pharmacie sur la plateforme. De plus, chaque pharmacien définit sa propre politique de prix, tout en fonctionnant sous l’égide de la plateforme. Une stratégie de marketing numérique optimale nous assure de figurer en tête des résultats de recherche, exploit ne pouvant être accompli par un pharmacien particulier et permettant à nos pharmaciens de récupérer 20 % de ce qu’ils auraient autrement perdu au profit d’autres acteurs en ligne. »

Des idées à la pelle

Corona drive-in

« Pendant la crise du coronavirus, Ofac a contribué au lancement d’un drive-in où des tests sur le Covid-19 sont effectués. Ce centre d’essai est relié de manière sécurisée à la plateforme de santé Abilis, sur laquelle le patient répond à plusieurs questions sur certains symptômes (fièvre, etc.) et peut être invité à effectuer un test. Il reçoit ensuite par e-mail un code-barres unique avec l’endroit où il doit se rendre. Après que le personnel du centre ait scanné le code-barres au centre d’essai, il se fait tester. Il reçoit ensuite les résultats du laboratoire directement sur son application au moyen d’un lien sécurisé. Nous envisageons également de développer une collaboration avec des partenaires de l’Internet des Objets, mais il est encore un peu tôt pour en dévoiler davantage. Comme vous le constatez, nous sommes très occupés, tout cela demandant beaucoup de ressources, autant humaines que financières ».

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