« Les patients en ressortent plus forts. »

Sabine Maes, anesthésiste à l’hôpital universitaire d’Anvers (UZA), utilise depuis quelque temps l’hypnose et la réalité virtuelle en combinaison avec l’anesthésie locale. Elle nous explique comment elle en est arrivée là et nous explique les avantages.

On n’associe pas immédiatement l’anesthésie et l’hypnose, mais l’anesthésiste Sabine Maes y a vu une opportunité, « car c’est une méthode non pharmacologique pour calmer les patients, les endormir et leur faire ressentir moins de douleur. » En lisant un article scientifique d’un anesthésiste liégeois, elle s’est passionnée pour l’hypnose il y a une dizaine d’années, puis elle a suivi une formation avec des collègues. Sabine : « L’idée que je puisse aussi l’utiliser dans mon travail m’a séduite et surtout le lien entre le corps et l’esprit m’a semblé une voie intéressante à suivre, car elle est trop peu envisagée en médecine occidentale. »

Du potentiel
Sabine a été contactée par un psychologue clinicien d’une start-up pour lui demander son avis sur la combinaison de l’hypnose et de la Réalité Virtuelle (RV). Sabine : « J’ai tout de suite vu le potentiel, car un outil technologique aussi branché que la RV fait immédiatement disparaître tous les préjugés du monde médical sur l’hypnose. Pour la RV, il ne faut pas suivre une formation, on n’est plus limité à sa propre langue maternelle et c’est plus accessible à un plus grand nombre de patients. »

Large champ d’application
En outre, la combinaison d’hypnose et de RV peut être appliquée tout au long du processus chirurgical : en préopératoire, elle amène le patient à un meilleur état d’esprit ; pendant l’opération (sous anesthésie locale), l’hypnose et le RV font que le patient se retrouve dans un autre monde et qu’il reçoit des suggestions (hypnotiques) pour se détendre ; et enfin, en postopératoire, cette méthode peut aider le patient à se détendre lors de ses exercices de rééducation – parfois très douloureux.

Taux de réussite élevé
Sabine : « Même si un patient choisit une anesthésie locale avec l’hypnose et la RV au lieu d’une anesthésie complète, tout est préparé au cas où nous devrions quand même l’endormir. Le monitoring est prêt, les patients reçoivent une ligne de perfusion intraveineuse et il est convenu avec eux que nous pouvons changer à tout moment, s’ils le souhaitent. Quand on sélectionne bien les patients, quand le patient est motivé et que tout a été discuté avec le chirurgien, le taux de réussite est très élevé. »

A la demande du patient
Sabine : « La demande vient généralement du patient ou nous le suggérons nous-mêmes en cas de contre-indication à une anesthésie complète ou d’un patient très anxieux. Parfois les patients sont ouverts à cette nouvelle méthode, parfois non. Souvent, ils ignorent que cette technique est disponible, mais le chirurgien leur en parle. Les chirurgiens commencent à connaître la technique grâce au bouche-à-oreille ou aux médias et ils ont constaté qu’elle fonctionne. Actuellement, la technique est utilisée dans les services d’urgence et les salles d’opération, par exemple à Gand et en Wallonie. »(Note : à l’UZ Bruxelles et à St. Jean, la RV n’est utilisée que de manière limitée.)

Une nouvelle technique
En Wallonie et en France, la technique est déjà largement utilisée, alors qu’en Flandre et dans nos pays voisins, on est encore au tout début. Le problème est qu’il est difficile de facturer ce traitement à un patient, étant donné le système de nomenclature (liste codée des services médicaux qui sont (totalement ou partiellement) remboursés par l’assurance maladie) et la médecine à l’acte (médecins payés par consultation ou par intervention).

Avantages
Cette nouvelle technique a plusieurs avantages : elle ne nécessite pas l’administration de médicaments contenant des opiacés, ce qui fait que le patient peut quitter plus rapidement l’hôpital. Sabine : « Il existe un risque de dépendance pour les patients à qui l’on administre des opiacés en phase préopératoire. Tout le monde n’y est pas sensible de la même façon, mais il est préférable de les éviter. En outre, cette méthode non pharmacologique enseigne aux patients certaines compétences. La douleur est très subjective et sous hypnose, ils la ressentent toujours, mais grâce aux suggestions positives, elle leur affecte moins. Je pense que ces patients développent un mécanisme d’adaptation pour se sentir mieux même dans la phase postopératoire sans trop de médicaments.
Pour moi, le plus grand avantage est que les patients reprennent un peu de contrôle et en sortent plus forts. Au lieu de subir passivement, ils jouent un rôle actif dans l’expérience de leur maladie et le processus de guérison. C’est formidable de voir comment les gens sortent du bloc opératoire avec un sourire ou vous envoient une carte de remerciement. On crée vraiment un lien avec le patient et on en ressort satisfait tous les deux. C’est précieux. »

Merci pour votre témoignage Sabine. Nous vous souhaitons beaucoup de succès, peut-être reviendrons-nous vers vous lorsque d’autres techniques se présenteront. Sabine : « Je garderai en tout cas les yeux ouverts. »

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