Lieven Zwaenepoel dresse le bilan: Le numérique est devenu la norme

« Optimiser la prestation de soins de santé primaires par des technologies numériques intégrées en matière de santé ». Voilà un titre rutilant pour une session sur un sujet brûlant lors de la conférence régionale de la FIP (Fédération Internationale Pharmaceutique) la semaine dernière. Notre organisation faîtière mondiale organise des forums pour l’échange d’expériences nationales entre les associations de pharmaciens. Et c’est une bonne chose ! Notre pays n’est pas une île ; en particulier dans le domaine du numérique, nous sommes sous l’influence de tendances mondiales. Inversement, nous constatons – et ce fait nous rend confiants – que nous sommes souvent bien plus avancés que d’autres pays d’Europe.

mSanté
La première à prendre la parole fut notre collègue croate Miranda Sertic, qui a parlé de « mSanté » au nom du Groupe des jeunes pharmaciens de la FIP. Elle a tenu une présentation enthousiaste sur les possibilités offertes par les applications mobiles, en particulier lorsqu’on les relie à ce que l’on appelle les « wearables » : des appareils portables – comme les célèbres bracelets Fitbit ou le patch contenant des capteurs – qui mesurent des paramètres physiques. Ils permettent la télésurveillance de paramètres cliniques tels que le taux de glycémie ou le rythme cardiaque. Ces applications existent par milliers, mais rares sont celles qui garantissent des mesures fiables et plus rares encore celles assurant un suivi responsable. Les podomètres sont une bonne chose, mais ont peu de rapport avec les soins de santé. Comment relier de tels systèmes à des dossiers électroniques de patients et guider les utilisateurs vers l’application qui leur est utile ? Il ne fait aucun doute – et pas uniquement chez nous – qu’il reste encore beaucoup de travail à accomplir dans ce domaine et que les pharmaciens, en tant que prestataires de soins accessibles et fiables, peuvent jouer un rôle important en la matière. La pyramide de validation de mSanté chez nous (voir fig. ci-dessous) est déjà un premier pas dans cette direction.

mHealth pyramide de validation

Leonora O’Brien d’Irlande a ensuite présenté Pharmapod : une plateforme développée par des pharmaciens. A l’origine principalement axée sur le signalement des effets secondaires, Pharmapod est devenue une solution intégrée de signalement, de correction et de suivi des incidents de santé en général pour les pharmacies, les maison de repos avec soins et les hôpitaux. La plateforme a déjà reçu un nombre de prix et une reconnaissance impressionante. Depuis lors, le système est également utilisé au Canada et au Royaume-Uni. Le lien avec le traitement de plaintes dans MyQualityAssistent ou la « fiche jaune » numérique est évident.

Pharmacies connectées
Enfin, Jaime Acosta a abordé « la pharmacie communautaire connectée » . Il y a un an ou deux, j’ai tenu moi-même une présentation intitulée
« pharmacie communautaire = proximité connectée » . Avec l’informatisation poussée de nos pharmacies et le déploiement quasi total du Dossier Pharmaceutique Partagé, de MyCareNet et des prescriptions électroniques de Recip-e, nous sommes – malgré les pannes et les problèmes de transition encore fréquents – déjà bien en avance sur la plupart des autres pays en Europe. Toutes nos pharmacies sont connectées aux services de santé en ligne : une situation dont rêvent toujours bon nombre de pays. La possibilité que des dossiers de patients soient reliés entre eux et que des données de santé soient partagées est néanmoins inéluctable. Cette ambition est pour ainsi dire omniprésente.

Digisphère

Lors du débat qui a suivi, le président de la section de pharmacie communautaire de la FIP, Lars-Åke Söderlund de Suède, a volé la vedette en stipulant que nous vivons dans une « digisphère » : le monde qui nous entoure se numérise à un rhytme éffréné. Le numérique est devenu la norme et les gens utilisent les applications numériques et mobiles de façon constante. L’évolution dans le secteur de la santé est plus lente. Il est donc d’autant plus important que nous continuions, en tant que pharmaciens, à prendre les devants dans le secteur de la santé. Cela demande un esprit d’entreprise et des investissements ainsi qu’une bonne gestion des problèmes de transition. La seule certitude est le changement.
« Panta Rhei », nous a enseigné Héraclite d’Ephèse alors que la côte ouest de la Turquie appartenait encore à la Grèce antique. J’ai surtout entendu dire que nous devions poursuivre dans cette voie, en dépit des difficultés et des débats.

La semaine prochaine : première partie de notre dossier sur la Robotisation dans les soins de santé : Prof Simoens sur le projet Wonder et ROBO-cure.

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