Du Grand Nord

Dressons le contexte : le système de santé norvégien, accessible à tous les résidents légaux, est géré et financé au niveau national. L’assurance maladie privée ne représente que 5 %. Pour une population de 5,3 millions d’habitants, la Norvège compte 952 pharmacies, dont plus de 85 % appartiennent à de grandes chaînes de distribution. Chaque pharmacie est néanmoins tenue d’embaucher un Master en pharmacie en vue de la gestion. Dans une pharmacie travaillent en moyenne 4 pharmaciens, dont 86 % sont des femmes. Toutes les pharmacies utilisent le même système informatique et ont accès à un programme commun de formation en ligne.

Hilde Ariansen, Senior Advisor à l’Association norvégienne des Pharmaciens (qui représente tous les propriétaires de pharmacies), nous expose quelques projets réussis.

Utilisation optimale
« Depuis des années, nous essayons d’exploiter les compétences des pharmaciens en vue d’un bon usage des médicaments. Sur la base d’études menées, nous sommes parvenus à convaincre notre Parlement de payer une rétribution aux pharmaciens pour aider les patients à mieux utiliser leur inhalateur. La procédure standard est la suivante : lorsqu’un patient n’est pas encore familiarisé avec un inhalateur, le pharmacien lui montre à l’aide d’un inhalateur placebo comment l’utiliser, après quoi le patient essaie par lui-même. Une personne qui utilise déjà un inhalateur doit montrer au pharmacien comment il s’y prend. Le pharmacien note systématiquement s’il y a lieu de corriger ou non et si un suivi est nécessaire, auquel cas il en informe le médecin. Jusqu’à présent, nous avons fourni près de 200 000 services. Le pharmacien est rémunéré de +/- 8 € pour chaque service, d’une durée d’environ 6 à 7 minutes. Les statistiques révèlent qu’il a fallu corriger 70 % des utilisateurs lors du lancement en 2016, tandis que ce nombre a baissé à 65 % en 2018. »

Observance de la thérapie
« Un autre service a été introduit en mai de l’an dernier. Medisinstart est un service destiné aux patients qui commencent à prendre un ou plusieurs médicaments de ces trois types (hypocholestérolémiants, anticoagulants ou antihypertenseurs). Le gouvernement a décidé de financer ce service grâce aux bons résultats d’une étude clinique menée auprès de 1500 patients. Jusqu’à présent, nous avons enregistré 12 000 entretiens. Il n’est toutefois pas question de 12 000 patients, car le suivi consiste en deux entretiens de 15 minutes en pharmacie ou par téléphone : la première entrevue, qui a lieu au bout d’une dizaine de jours, permet au patient de poser des questions sur l’utilisation, les effets secondaires possibles, etc. ; la deuxième est prévue après 3 à 5 semaines, mais tout le monde n’en a pas besoin. Le pharmacien reçoit une rétribution de 45 euros pour les deux entretiens. Il rédige un bref rapport, que le patient peut emporter avec lui et qui est parfois envoyé au médecin.
Pour le moment, nous ne disposons pas encore du DPP comme vous. Nous attendons donc avec impatience la présentation de l’APB à ce sujet, ainsi que vos expériences sur le partage d’informations avec les médecins. »

Application vue lors de la FIP

Lors du dernier congrès de la FIP, Hilde a présenté le projet SafeStart, géré par l’Université d’Oslo et réalisé en collaboration avec l’Association des Pharmaciens. Dans le cadre du projet, une application a été développée pour aider les femmes enceintes souffrant de nausées à gérer elles-mêmes ces symptômes. L’application utilise le score PUQUE (Quantification unique des nausées pendant la grossesse) comme outil de mesure pour classer le degré de nausées sur une base quotidienne, et délivre ensuite des conseils personnalisés.

Hilde : « Nous avons fait une étude de faisabilité pour vérifier si un pharmacien d’officine pouvait, lors d’un entretien personnel en début de grossesse, discuter des préoccupations d’une femme au sujet de troubles liés à la grossesse, en particulier les nausées, et lui recommander l’utilisation de l’application. Nous venons de lancer une étude pour tester uniquement l’application et nous recrutons des femmes en ligne et via les réseaux sociaux à cet effet. La confidentialité des données et la convivialité sont des composantes cruciales. Une fois qu’il aura été prouvé que l’application est sûre, conviviale et utile, elle sera disponible pour toutes les femmes enceintes en Norvège et pourra ensuite être traduite en anglais, etc. ».

Hilde Ariansen travaille à l’Association norvégienne des Pharmaciens dans le département responsable de la mise en œuvre des deux services susmentionnés. Ils misent principalement sur le développement de services qui rendent les pharmacies économiquement viables.

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