« Le défi est d’exploiter la technologie d’une manière intelligente et humaine » (Lon Holtzer)

Dans ce dernier épisode sur le thème de la robotisation, nous donnons la parole à Lon Holtzer, ambassadrice flamande des soins de santé, et à Carine Boonen, coordinatrice de Flanders’ Care. Il est clair à leurs yeux que la robotisation est déjà largement appliquée dans le domaine de la santé, mais qu’il reste un énorme potentiel à exploiter.

Lon Holtzer : « Un exemple possible de robotisation dans nos hôpitaux est la préparation de la distribution des médicaments aux patients. De tels robots thérapeutiques avec des médicaments en conditionnement individuel constituent un véritable pas en avant. Je n’ai pas encore assisté à la distribution de médicaments par des robots à la place d’infirmiers, comme c’est le cas aux États-Unis par exemple, mais je ne l’exclus pas. Je ne peux que me réjouir de cette évolution dans la mesure où la robotisation profite à l’organisation des soins tout en augmentant la sécurité par une réduction des marges d’erreur et une plus grande précision, par exemple lors d’opérations. La chirurgie robotique est d’une minutie telle que même le meilleur chirurgien au monde ne peut l’égaler. Au fond, tout ce qui relève de la technologie peut jouer un rôle de soutien, non seulement pour le personnel de santé, mais aussi en vue d’une plus grande autonomie et indépendance des utilisateurs. »

Robots intelligents
 « Cela peut paraître étrange, mais je suis convaincue qu’en tant que prestataires de soins, nous prodiguons trop de soins. À mon avis, nous devrions plutôt exploiter des robots et technologies intelligents pour encourager l’autonomie des individus à domicile, dans les maisons de repos, dans les hôpitaux, chez les personnes handicapées. Je trouve regrettable qu’il y ait une certaine réticence de la part des centres de soins, des kinésithérapeutes, etc. à utiliser, par exemple, Zora (robot humanoïde), qui peut les soutenir de manière très agréable et innovante. »

La robotisation a le vent en poupe
Carine Boonen, coordinatrice de Flanders’ Care, explique que, outre les robots utilisés pour l’interaction sociale comme Zora, il existe également des « exosquelettes » avec lesquels les patients en fauteuil roulant réapprennent à marcher. Carine Boonen ajoute : « Il existe à présent des centaines d’applications robotiques dans le monde, ce qui a également des implications sur le plan éthique. La question est de savoir si tout ce qui est techniquement possible est également souhaitable. Dans ce contexte, le Centre d’éthique et de droit biomédicaux réalisera une étude comparative internationale à la fin de cette année pour voir comment d’autres pays évaluent les aspects éthiques de l’innovation dans les soins de santé. »

« Le secteur des soins n’est pas sexy »
Lon Holtzer souligne : « Il faudrait développer davantage de projets parce que la technologie a une plus-value absolue dans le domaine des soins de santé. Malheureusement, ce secteur n’est pas sexy ! Fabriquer un appareil qui aide une personne à se tenir debout toute seule est moins attrayant que la chirurgie robotique, mais il s’agit bel et bien d’un outil fondamental pour ces patients. »

Technologue médical
Un pas dans la bonne direction est en tout cas le baccalauréat en technologie médicale, qui existe depuis 2016 à la haute école spécialisée de Vives (Campus Courtrai). Lon Holtzer : « En réalité, il faut des gens qui comprennent les deux domaines, car il est bien plus facile de contribuer au développement d’applications significatives quand on tient compte des besoins en soins des personnes et de la façon dont les prestataires de soins travaillent. Ils sont 32 étudiants à suivre cette formation cette année. L’idéal serait, par exemple, qu’un groupe de MRS embauche un technologue médical pour encourager l’innovation dans les soins de santé et créer une valeur ajoutée. »

Les pièges
Lon Holtzer : « Je suis partisane, mais une utilisation inintelligente de la technologie peut mener à des soins impersonnels, voire dangereux. Notez bien que cela vaut aussi pour un médecin ou une infirmière qui ne fait pas son travail correctement. Il faut se demander comment maîtriser le coût des soins de santé et dans quelle mesure la robotisation contribue aux soins et au bien-être. Le défi est d’exploiter la technologie d’une manière intelligente et humaine.”

Comme il reste beaucoup à dire au sujet de la robotisation, nous réservons une suite à cette série en automne, avec entre autres un entretien avec le professeur Simoens (UGent) sur le projet Wonder et Prof. Dr. Decaestecker (UZ Gent) sur la chirurgie robotique.

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