18 octobre 2023

"Le sommeil ne vient vraiment pas d'une boîte"

Suite au programme de sevrage des benzos en pharmacie, nous avons demandé au Dr Inge Declercq, neurologue et expert du sommeil, comment aider efficacement les Belges à se débarrasser de leur dépendance aux somnifères et autres psychotropes.

Pas moins de 2,3 millions de Belges souffrent de troubles du sommeil et consomment chaque année quelque 400 millions de doses de somnifères (Source : IQVIA, chiffres 2022). Le gouvernement  a manifestement voulu faire quelque chose à ce sujet. Le SPF Santé a donc récemment lancé une campagne de sensibilisation à l'intention des professionnels de la santé et un site web proposant de nombreux outils. En effet, il faudra aller plus loin que le programme actuel de sevrage progressif des benzos en pharmacie pour s'attaquer à ce problème en profondeur. C'est pourquoi nous nous sommes entretenus avec la neurologue Inge Declercq.

Sa fascination pour les troubles du sommeil et de l'éveil l'a amenée à suivre divers cours et conférences et à passer finalement l'examen d'expert du sommeil. Après avoir travaillé pendant 16 ans dans un hôpital bruxellois, Dr. Declercq a créé sa société SleepWell&StressLess (site également en français) pour « introduire le pouvoir du sommeil dans le monde des entreprises » par le biais de programmes de formation, d'ateliers, etc. pour "introduire le pouvoir du sommeil dans le monde des affaires". Declercq : « En fait, tout ce que vous faites pendant la journée influe sur la qualité de votre sommeil et, inversement, votre sommeil détermine la façon dont vous fonctionnez pendant la journée. Les deux sont intrinsèquement liés. »

Le coupable

Lors de ses consultations à l'UZ Antwerpen, Dr. Declercq rencontre de nombreuses personnes dépendantes des somnifères à cause de l'insomnie. « Le problème de l'utilisation à long terme est celui des troubles cognitifs et des troubles de l'équilibre ou de la coordination chez les personnes âgées. Mais ce qui est très motivant lors du sevrage, c'est que ces effets secondaires disparaissent rapidement. Le brouillard dans votre tête se dissipe et vous fonctionnez mieux. Il est donc important de faire comprendre à votre patient que ce n'est pas le manque de sommeil qui est en cause, mais bien les médicaments. »

Il est donc important de faire comprendre à votre patient que ce n'est pas le manque de sommeil qui est en cause, mais bien les médicaments.

Approche holistique

Selon le Dr Declercq, tout commence par l'écoute, un diagnostic correct et, si nécessaire, un examen du sommeil, comme les gens se trompent souvent complètement dans l'estimation de leur temps de sommeil. Et c'est justement le fait de reprendre confiance en ses propres capacités de sommeil qui constitue un bon point de départ pour entamer une thérapie du sommeil. Dr. Declercq : « La thérapie cognitivo-comportementale est le traitement de première ligne internationalement reconnu et scientifiquement validé pour une grande partie des insomniaques. Il suffit de suivre 7 à 8 séances individuelles d'une heure. Dans mon livre d'auto-assistance ‘Slaap Wiizer’ (Dormir plus intelligemment -  uniquement en NL),  il s'agit de 10 étapes en 12 semaines. Les problèmes de sommeil doivent être abordés de manière holistique, en brisant le cercle vicieux, comme faire du mindfullness ou surveiller son alimentation ne suffira pas à les résoudre. Il n'y a pas de solution miracle aux problèmes de sommeil, ils sont complexes et il est donc normal qu'il faille du temps et une certaine motivation pour les résoudre. Le sommeil ne vient vraiment pas d'une boîte. »

Se coucher trop tôt

Dr. Declercq : « Nous avons tous un biorythme qui est en partie déterminé par la génétique. C'est pourquoi il est essentiel de déterminer son rythme veille-sommeil, afin de savoir exactement à quel moment il est préférable de se coucher. Trente pour cent des personnes souffrant de troubles du sommeil se couchent trop tôt, ce qui signifie qu'elles n’ont pas un problème de sommeil, mais de biorythme. »

Comment résoudre ce problème ?

Dr. Declercq est convaincue que le gouvernement peut faire plus que financer ce programme de sevrage progressif. Elle propose notamment d'encourager l'activité physique comme partie intégrante du mode de vie de chacun, d'aménager davantage d'espaces verts dans les villes, de supprimer les distributeurs automatiques de boissons gazeuses et les ‘bombes énergétiques’ sucrées dans les écoles, les hôpitaux, etc. qui contiennent trop de sucre et/ou de caféine. Certainement encore plus de mesures pour favoriser l'accès à la thérapie du sommeil et la création de programmes en ligne pour le bien-être mental, etc.
Dr. Declercq estime également que le gouvernement devrait veiller à ce que tous les médecins suivent la médecine du sommeil en tant qu’un cours de base et non en tant qu'un cours optionnel. Cela les armerait déjà en partie lorsque les patients viennent les consulter pour des problèmes de sommeil. En outre, elle suggère de décharger les médecins d'autres tâches (de vaccination ?) afin de leur laisser le temps de s'occuper des patients. Elle pense à une simple liste de contrôle grâce à laquelle ils pourraient déjà effectuer une véritable prise en charge de première ligne de certains troubles du sommeil.

En conclusion, Dr. Declercq rappelle qu'une approche holistique des problèmes de sommeil est indispensable et qu'elle souhaite mettre son expertise à la disposition du gouvernement à cette fin, par exemple pour développer un parcours thérapeutique en ligne solide et efficace pour le traitement de l'insomnie. "L’accompagnement lors des programmes de sevrage sont une bonne initiative, mais ils ne suffisent pas. Il est nécessaire de s'attaquer aux problèmes de sommeil sous-jacents".

QUELQUES CONSEILS DU DR. DECLERCQ pour vous-même ou pour passer à vos patients.

  • Réduisez progressivement votre consommation de caféine. N'en consommez pas plus de trois par jour et arrêtez huit heures avant d'aller dormir.
  • Évitez de scroller les médias sociaux et de regarder des émissions en boucle au moins une heure avant de vous coucher, car la stimulation mentale entraîne la production de dopamine qui vous maintient éveillé.
  • Deux heures avant d'aller dormir, utilisez des lunettes orange spéciales qui filtrent 99 % de la lumière bleue et de la lumière vive, car elles suppriment la production de mélatonine.
  • Utilisez plutôt l'heure qui précède votre coucher pour vous accorder un véritable temps de repos et passer en revue consciemment votre journée.
  • Ne prenez pas votre téléphone portable dans la chambre à coucher.
  • La température idéale de la chambre à coucher se situe entre 15 et 19°. Gardez-la propre et bien rangée, pour éviter les stimuli.
  • Dormez à l'heure biologiquement appropriée.
  • Si vous sentez que vous n'arrivez pas à dormir, levez-vous, n'allumez pas de lumière et ne regardez pas l'heure. Ne lisez pas et ne regardez pas la télévision, mais asseyez-vous tranquillement dans le noir, respirez lentement et expirez longuement, signalant ainsi à votre cerveau qu'il est encore temps de dormir, puis retournez vous coucher avec un état d'esprit positif.
  • Ancrez-vous dans le pouvoir de vos pensées positives : ceux qui pensent positivement de leur propre capacité à dormir, dorment mieux.

En savoir plus? 

Dr. Inge Declercq, Je veux dormir ! 12 semaines pour retrouver votre sommeil et votre énergie. Editions Kennes


Dernière mise à jour le 18/10/2023

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